CM4 - LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

Publié le 16 Octobre 2014

Le drapeau du 114e régiment d'infanterie

Le drapeau du 114e régiment d'infanterie

CHRONOLOGIE

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CM4 - LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

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PLAN DU COURS

A/ LES PLANS ET LES ARMEES

  1. La docrine et les plans (Schlieffen et XVII).
  2. Les armées françaises et allemandes
  3. Les armées européennes

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L'armée française de 1914 en quelques chiffres

  • Armée active : 750 000 hommes encadrés par 30 000 officiers
  • En quelques jours, la France mobilise 3 600 000 hommes parmi lesquels 55 000 officiers de réserve.
  • La France aligne 22 corps d'armée (chacun compte environ 45 000 hommes) : 21 en métropole et un (le 19e corps d'armée) en Algérie.
  • La France met en ligne 44 divisions d'infanterie active, dont trois coloniales, 25 divisions de réserve, 12 divisions de territoriale et 10 divisions de cavalerie. Une division d'infanterie compte environ 400 officiers, 16 000 hommes, 3 000 chevaux, 36 canons et 500 voitures hippomobiles. Son déploiement sur route forme une colonne d'une quinzaine de kilomètres.
  • L'artillerie compte 4 100 pièces de campagne dont 3 930 canons de 75 mm, 120 canons de 65 mm et des canons lourds (une centaine de Rimailho de 155 mm et 160 pièces de 120 mm).
  • En métropole, l'armée est forte de :
  • 221 régiments d'infanterie (173 d'infanterie, un de sapeurs-pompiers et 12 d'infanterie coloniale);
  • 79 régiments de cavalerie (cuirassiers, dragons, chasseurs, hussards);
  • 81 régiments d'artillerie (artillerie de campagne, de montagne, à pied, montée, coloniale);
  • 13 régiments du génie

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B/ 1914 : L'EXPERIENCE DE LA GUERRE

  1. Le front de l'Est : la Serbie et la bataille de Tannenberg.
  2. A l'Ouest : les batailles des frontières puis de la Marne.
  3. La Course à la mer et la fin de la guerre de mouvement
C/ A LA RECHERCHE DE SOLUTIONS NOUVELLES (1915-1916)
  1. Le mythe de la percée (1915)
  2. Les nouveaux champs de bataille (Italie, Dardanelles, front d'Orient)
  3. De nouvelles méthodes et de nouveaux moyens
  4. Verdun et la Somme (1916)

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Textes

"4h40. Ces minutes sont les dernières de la vie pour beaucoup d'entre nous. Nous redoutons, en nous regardant, de deviner déjà les victimes... Brusquement, les artilleries tonnent, écrasent, éventrent, terrifient. Tout rugit, jaillit, tangue. L'azur a disparu. Nous sommes au centre d'un remous monstrueux ; des pans de ciel s'abattent, des comètes s'entrechoquent et s'émiettent avec des lueurs de court-circuit. Nous sommes pris dans une fin du monde (...). "Attention, on va sortir !" Les hommes blêmes, privés de raison, se redressent un peu, ajustent leur baïonnette. Les sou-officiers s'arrachent des recommandantions de la gorge, comme des sanglots. Le lieutenant Larcher est au milieu de nous, crispé, cramponné à son grade, à son amour-propre. Il grimpe sur la banquette de tir, regarde sa montre, se tourne : "Attention, les gars ! On y va : en avant ! (...) Des hommes tombent, s'ouvrent, se divisent, s'éparpillent en morceaux. Des éclats nous manquent, des souffles tièdent nous dominent ; on entend les chocs des coups sur les autres (...) Au ras du sol, des flammes, des fusils, des hommes : "Les Boches ! Les Boches !"

Gabriel Chevalier, La Peur, Paris, Stock, 1980

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C) LES DIFFICILES ANNEES 1917-1918

  1. Les plans alliés et allemands pour 1917
  2. La déroute des plans
  3. Les projets des belligérants au début de l'année 1918
  4. Les grandes offensives à l'ouest

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DOSSIER

EQUIPER L'ARMEE ET FORTIFIER LE TERRITOIRE EN 1914

CM4 - LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

Au tournant des XIXe et XXe siècles, les armées européennes connaissent de profondes mutations qui les font entrer dans l’ère de la guerre industrielle. L’armée française a accompli des progrès incontestables, dans les domaines de la doctrine et de la technique. Dans le même temps, la France s’est engagée dans l’édification d’une ligne fortifiée face à l’Allemagne. Bien entendu, l’équipement de l’armée et la fortification du territoire varient en fonction des doctrines adoptées et de la publication des règlements d’emploi des troupes. Dans les années qui précèdent le conflit, on envisage une guerre avec des moyens du début du siècle. En 1910, Foch s’exclame à propos de l’aviation : « tout ça voyez-vous, c’est du sport, mais pour l’armée, l’avion, c’est zéro ». À l’époque, les avions sont encore très fragiles, leurs performances faibles et ils sont coûteux à fabriquer, ce qui n’empêchent pas certains militaires de s’y intéresser.

À la veille de la Première Guerre mondiale, l’armée française est surclassée par l’armée allemande, sauf dans le domaine de l’artillerie de campagne. La guerre lui permet d’apprendre et de combler son retard par le sang. Le soldat français de 1918 est suréquipé par rapport à son homologue de 1914. Enfin, les choix doctrinaux qui tendent à privilégier l’offensive ont pour conséquence de marginaliser, si ce n’est d’abandonner, la fortification du territoire. La guerre de position contraint les états-majors à mener une guerre d’assiégeants et d’assiégés pendant plus de quatre ans.

1. Équiper l’armée

Depuis 1911, le général Joseph Joffre est chef d’état-major général de l’armée. Il est à la tête d’une armée puissante, nombreuse et qui a connu des transformations sans précédents, au moins depuis le début du XIXe siècle, mais qui ne peuvent masquer certaines lacunes.

L’équipement de l’armée fait partie des priorités du haut commandement depuis 1871. L’État a engagé des moyens financiers colossaux pour la moderniser. L’adoption d’armes telles que le canon de 75 mm ou le fusil Lebel, la création de compagnies de mitrailleuses dans les régiments, la spécialisation de certaines compagnies du génie dans le chemin de fer ou l’aérostation, la mise sur pied d’une vingtaine d’escadrille ou de régiments d’artillerie lourde ne sont que quelques exemples qui montrent que l’armée française ne reste pas à l’écart du progrès techniques à la veille de la Première Guerre mondiale.

La loi des trois ans désorganise profondément l’armée, qui n'est plus en mesure d’équiper, d’instruire, de vêtir et d’armer les conscrits supplémentaires. À la mobilisation, des milliers de mobilisés sont renvoyés dans leurs foyers faute d’équipement.

La principale composante de l’armée française de 1914 est l’infanterie. Le fantassin de 1914 ressemble à s’y méprendre à celui de 1870. La tenue de campagne se compose d’un pantalon garance, de guêtres de cuirs, de brodequins, d’une capote gris fer bleuté, d’un képi de drap en toile de lin, à turban garance et bandeau bleu. Paradoxalement, ce fantassin, qui doit être rapide et mobile pour prendre part aux offensives, est lourdement équipé : le poids de son équipement et de son paquetage dépasse les 30 kg. Le fantassin est armé d’une baïonnette et d’un fusil Lebel, adopté en 1887, et dont la production a cessé en 1898. Une fois chargé, ce fusil à répétition d’un calibre de 8 mm pèse environ 4,415 kg. Sa cadence de tir est de 14 coups par minute et il est précis jusqu’à 1 000 mètres, mais la balle peut tuer à plus de 3 kilomètres. Les cartouches métalliques, la poudre sans fumée et la puissance accrue de la munition permettent au fantassin d’emporter plus de munitions et d'augmenter sa puissance de feu tout en étant plus discret (pas de fumée et plus longue portée). Cependant, à la veille de la Première Guerre mondiale, cette arme est vieillissante, en particulier en ce qui concerne la vitesse de tir et le chargement, et dépassée par ses concurrentes européennes. L’armement collectif de l’infanterie se résume en 1914 à la mitrailleuse. Il en existe trois types dans l’armée française : Hotchkiss (1900), Puteaux et, la plus connue, la Saint-Étienne (1907). La dotation se résume à deux mitrailleuses par bataillon, comme dans l’armée allemande. À la veille des hostilités, l’armée française est équipée de 5 100 mitrailleuses, fragiles et complexes à mettre en œuvre ou à réparer.

En revanche, l’armée française est bien dotée en artillerie de campagne. En juillet 1914, elle aligne près de 4 000 canons de 75 mm aux armées, contre 4 300 pièces de 77 mm allemandes. Le 75 est une pièce à tir rapide (15 à 20 coups par minute en théorie et 8 coups par minute en pratique) d’une portée moyenne (7 000 à 8 500 mètres). Elle tire un obus percutant de 75 mm d’une grande efficacité. En revanche, l’armée française est sous-équipée en artillerie lourde, malgré les efforts entrepris depuis 1911. Elle dispose de 300 pièces modernes (120 et 150 mm) au maximum contre 4 à 5 000 pièces lourdes allemandes (canons et obusiers de 105, 150, 210, 305 et 420 mm). Enfin, plus de 10 000 pièces d’artillerie françaises, souvent anciennes, ont été affectées au système défensif, en particulier dans les forts le long de la frontière franco-allemande.

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L’armée française, comme les autres armées européennes, est peu motorisée en 1914 : 6 000 camions, 1 000 autobus, 1 500 voitures.

Enfin, l’aéronautique militaire, créée officiellement par la loi du 29 mars 1912, n’en est encore qu’à ses débuts. En juillet 1914, l’armée possède environ 300 appareils, dont la moitié peut être engagée immédiatement au combat, et 50 appareils dans les écoles d’instruction.

En 1914, l’armée française entre en campagne avec un armement moderne, mais elle n’est pas équipée pour mener une guerre longue. Progressivement, elle s’adapte, parfois difficilement, aux nouvelles conditions de la guerre. Elle constitue des stocks de munitions et met son industrie au service de la guerre et des besoins de l’armée. L’équipement de l’armée et du soldat connaissent un développement sans précédent dans l’histoire militaire de la France. L’équipement du soldat français se transforme, avec l’adoption du casque et de l’uniforme bleu horizon. Son armement se diversifie aussi et la puissance de feu du fantassin est régulièrement renforcée avec des mitrailleuses, des grenades, des armes automatiques et des mortiers. L’artillerie est omniprésente sur le champ de bataille et sous des formes différentes (artillerie de campagne, artillerie lourde, artillerie lourde à grande puissance, artillerie lourde sur voie ferrée, artillerie de tranchée, artillerie d’assaut). En 1918, l’artillerie française met en ligne près de 14 000 pièces d’artillerie de tous les calibres, parmi lesquelles 4 000 pièces lourdes. L’armée française est alors la plus puissante du monde parce qu’elle est la mieux équipée. Elle est devenue une armée industrielle. Son infanterie est bien équipée et se déplace en camions. Au front, les groupes de combat sont accompagnés par des chars légers qui accroissent encore leur puissance de feu et soutenus par une artillerie puissante. Enfin, des milliers d’avions (de bombardement, de chasse et d’observation) sillonnent le ciel et appuient l’infanterie et l’artillerie. Le défi de la guerre a permis à cette armée de rattraper son retard, en intégrant les mutations technologiques et en donnant à ses soldats les moyens de se battre.

2. La fortification du territoire

À la veille de la Première Guerre mondiale, les frontières fortifiées et la défense en profondeur du siècle de Louis XIV n’existent plus. Les grandes places de Vauban ont été déclassées ou démolies entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, pour des raisons stratégiques, militaires, techniques, financières et économiques. La fortification a perdu sa mission de protection locale et n’est plus envisagée comme une barrière devant retenir longtemps l’adversaire. Les remparts ont perdu tout leur intérêt défensif et l’issue des guerres se joue davantage sur les champs de bataille. Pour autant, la France n’abandonne pas l’idée de fortifier son territoire. Le système des forts polygonaux enterrés autour des villes, entre les places ou détachés remplace la fortification bastionnée.

Dans les années 1870, le général Séré de Rivières entreprend l’édification d’un ensemble fortifié qui porte son nom et qui consiste à créer ou moderniser les fortifications le long des frontières terrestres et maritimes de la France ainsi que dans les colonies. Ce système comporte des rideaux défensifs, avec de petites places fortes reliées entre elles par des forts de liaison et des forts d’arrêts isolés dans les voies de pénétration. Ces défenses s’intègrent dans le dispositif de couverture stratégique et doivent permettre d’assurer la sécurité de la mobilisation et de la concentration, mais aussi servir de points d’appui, de pivots, de dépôts ou encore de réduits aux armées en campagne. En cas d’invasion, elles doivent permettre de retenir et d’immobiliser des troupes adverses dans les sièges en attendant l’entrée en campagne de l’armée française. Au total, la fortification de la France s’organise autour des secteurs de Verdun-Toul et Épinal-Belfort, suivis d’une ligne intérieure (Champagne, Langres, Dijon) et soutenue par les camps retranchés de Paris et Lyon. Séré de Rivières ne néglige aucune frontière : il effectue des travaux dans le Nord (en particulier dans le bassin de la Sambre autour de Maubeuge), dans les Alpes (hautes vallées de la Tarentaise, Maurienne, Durance…) et dans les Pyrénées (Perpignan et Port-Vendres), soit près de 350 emprises au total.

L’apparition de la mélinite, un explosif brisant aux effets destructeurs, vers 1885, puis de l’obus-torpille, condamne toutes les fortifications, y compris celles de Seré de Rivières. La France modernise ces forts en construisant des abris pour les batteries, des casemates en béton, avec pour certains des tourelles cuirassées à éclipse. À la fin du siècle, les forts les plus modernisés s’enfoncent dans le sol sous d’épaisses dalles de béton et de blindage. Cependant, ces transformations sont très coûteuses et la modernisation des ouvrages Séré de Rivières est incomplète. Enfin, la guerre russo-japonaise et les enseignements qu’en tirent les états-majors européens marginalisent encore plus la fortification permanente. Les places fortifiées sont condamnées dans la guerre moderne et inconciliables avec une doctrine offensive. À la veille de la guerre, la pensée militaire en France laisse peu de place à la fortification. Dans le règlement sur la conduite des grandes unités du 23 octobre 1913, il est spécifié que « les places fortes n’ont de valeur que dans la mesure où elles peuvent faciliter les opérations des armées en campagne. Les places fortes des régions frontières doivent servir d’appui à la couverture ».

Cependant, malgré les déclassements de nombreuses places et forts, l’armée française n’abandonne pas ses forts Séré de Rivières qui doivent jouer un rôle militaire en cas d’invasion. Elle n’abandonne pas non plus aux municipalités et à la destruction toutes les vieilles places héritées de Vauban. Restées souvent en l’état, ces défenses ont une faible valeur militaire, mais elles servent d’étape et de casernement pour l’armée en temps de paix. En outre, le haut commandement estime que certaines de ces places peuvent jouer un rôle militaire en temps de guerre (magasin militaire, point d’appui).

Dès les premières semaines de guerre, plusieurs places héritées de Vauban ainsi que les forts les plus modernes sont écrasés par l’artillerie allemande et rapidement occupés. La généralisation des tranchées et de la guerre de position sur le front français obligent les armées à considérer la ligne de front comme une nouvelle ligne fortifiée. Le commandement est contraint de conduire une guerre de siège et de mine. Une terminologie et des savoir-faire en matière de fortification réapparaissent sur le champ de bataille. Certains forts du système Séré de Rivières sont intégrés dans cette ligne de front, en particulier autour de Verdun (les forts de Douaumont et de Vaux). Enfin, épisodiquement, les vieilles fortifications bastionnées de Vauban jouent encore un rôle militaire (le camp retranché de Dunkerque, la prise du Quesnoy par les Néo-zélandais en 1918). Après la guerre, ces ouvrages fortifiés deviennent peu à peu des lieux de mémoire de la Grande Guerre.

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EN COMPLEMENT

  • Bibliographie

Jean-Jacques Becker, La Première Guerre mondiale, Paris, Belin, 2003.

Michel Goya, La chair et l'acier. L'invention de la guerre moderne (1914-1918), Paris, Tallandier, 2004.

Georges-Henri Soutou, La Grande illusion. Quand la France perdait la paix. 1914-1920, Tallandier, 2015.

John Keegan, La Première Guerre mondiale, Paris, Perrin,, 1998

Antoine Prost, Jay Winter, Penser la Grande Guerre, Paris, Seuil, 2004.

  • Témoignages

Maurice Genevoix, Ceux de 14, Paris, Seuil, 1996. Pour écouter des extraits : Fictions/Feuilletons.

Ernst Junger, Orage d'acier : journal de guerre, Paris, Firmin Didot, 1998. Pour écouter des extraits : Fictions/feuilletons.

  • Cinéma

Capitaine Conan, film de Bertrand Tavernier (1996), adapté du roman de Roger Vercel, Capitaine Conan, paru en 1934

Bande-annonce du film Capitaine Conan

Rédigé par ADMIN

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