LES OFFENSIVES SUR LE FRONT DE L'OUEST EN 1918

Publié le 15 Juin 2015

Sturmtruppen mettant en œuvre un minenwerfer au cours des offensives du printemps 1918

Sturmtruppen mettant en œuvre un minenwerfer au cours des offensives du printemps 1918

Pour les alliés, l'année 1917 a été marquée par la déroute des plans militaires, les hésitations politiques, les tentatives de négociations de paix, l’agitation populaire et les armistices avec la Russie et la Roumanie. Dans ces conditions, l’Allemagne espère une victoire décisive à l’ouest, malgré les difficultés économiques et sociales.

I/ Les offensives allemandes du premier semestre 1918

  1. La situation militaire au début de l’année 1918

Au début de l’année 1918 et pour la première fois depuis 1916, l’Allemagne croit pouvoir relancer les offensives à l’ouest et vaincre.

  • Supériorité numérique

Le règlement du conflit à l’est lui donne la supériorité numérique sur le front occidental grâce au transfert d’une cinquantaine de divisions. Elle est en mesure d’aligner 192 divisions (3 500 000 d’hommes) face aux 171 divisions françaises, britanniques, portugaises et belges (3 100 000 soldats).

  • L’unité du commandement

L’unité du commandement est un atout supplémentaire pour les Allemands : la direction de la guerre est assurée, sous l’autorité de Guillaume II, par le maréchal von Hindenburg, chef d’état-major général, et son adjoint, le général von Ludendorff, premier quartier-maître général. En revanche, du côté allié, Pétain, Haig et Albert Ier se contentent d’une coopération. Quant au Conseil supérieur de guerre allié, présidé par le général Foch, il rassemble plusieurs généraux alliés mais n’a aucun pouvoir de décision.

  • De nouvelles techniques dans l’offensive

Enfin, sur le terrain, les Allemands ont développé de nouvelles techniques dans l’offensive, qui leur ont permis, face à une armée russe désorganisée, de prendre Riga en Lettonie et de contrôler les îles qui commandent le golfe de Finlande en septembre 1917. Fondée sur la surprise, la violence et la rapidité d’exécution, la tactique de Riga permet d’obtenir une rupture sur un front étroit et dans la profondeur. Des unités d’infanterie dites Sturmtruppen, mobiles, suréquipées et couvertes par l’artillerie et l’aviation, pénètrent en profondeur dans le dispositif de l’adversaire afin de le désorganiser. Toutefois, une victoire décisive n’est possible que si les Allemands réussissent à fixer ou à détruire les réserves de l’adversaire pour l’empêcher de colmater les brèches.

 

2. Pourquoi les Allemands planifient-ils des offensives à l’ouest pour le printemps 1918 ?

  • Profiter de l’affaiblissement des alliés

L’Allemagne compte sur l’affaiblissement des alliés pour obtenir la décision avant l’été 1918. Sa stratégie de guerre sous-marine à outrance a échoué et elle n’est pas parvenue à interdire l’acheminement des troupes américaines en France.

  • Les débarquements de troupes américaines

Environ 150 000 soldats américains débarquent en France chaque mois au début de l’année 1918 et leur nombre ne cesse de croître au cours des mois suivants. Certes, ces troupes doivent être instruites et organisées, mais le haut commandement allemand sait que le rapport de force s’inversera à l’été 1918.

  • La stratégie alliée

Du côté allié, les principaux généraux s’attendent à des offensives allemandes au printemps, mais ils sont divisés sur la stratégie à adopter. Foch est probablement l’un des rares défenseurs de l’offensive alors que les différents commandants en chef privilégient la défensive. Fort des quelques succès tactiques acquis en 1917, Pétain préconise une défense dans la profondeur, qui consiste à dégarnir les premières lignes et à attendre l’assaillant sur des secondes lignes plus fortes. Il cherche ainsi à limiter les pertes et à contenir l’assaut allemand en attendant l’arrivée des renforts américains et des chars, dont la production augmente en France.

3. Les offensives allemandes Michaël, Georgette, Blücher et Gneisenau

  • Attaque sur le front britannique et le commandement unique

Hindenburg et Ludendorff choisissent d’attaquer d’abord l’armée britannique en Picardie entre Arras et La Fère. Le 21 mars, l’offensive Michael enfonce le front britannique. Ludendorff estime alors qu’il peut atteindre la Manche, isoler les Britanniques des Français et détruire leur armée afin de contraindre la Grande-Bretagne à signer la paix. Il est certain de sortir victorieux d'un duel avec l’armée française. Les stratèges alliés ne sont pas d’accord sur la stratégie à adopter : défendre Amiens pour les Britanniques ou couvrir Paris pour les Français. Pour Foch, il faut absolument maintenir la liaison entre les deux armées. Clemenceau et Lloyd Georges s’accordent à Doullens pour confier à Foch la direction stratégique de la guerre le 26 mars. Sa mission est de coordonner l’action des armées alliées à l’ouest. Après avoir refusé, Pétain consent finalement à faire intervenir une partie de ses réserves (une quarantaine de divisions) pour colmater la brèche. L’offensive se transforme en bataille d’usure et Ludendorff ordonne son arrêt le 5 avril. Depuis 1914, aucune armée n’a connu un tel succès à l’ouest. La progression est de 65 km et les pertes alliées s’élèvent à 250 000 soldats. Célébré dans toute l’Allemagne, ce succès tactique n’a pourtant pas permis d’obtenir la décision, d’autant que les pertes allemandes aussi sont lourdes, surtout dans les divisions d’élite. L’armée britannique, bien qu’éprouvée, n’est pas détruite et les alliés ont tenu Amiens et réussi à réaliser le commandement unique. Le 14 mai, Foch devient officiellement le commandant en chef des armées alliées.

  • L’attaque dans la Flandre

Le 9 avril 1918, Ludendorff attaque sur la Lys et dans le secteur d’Ypres (offensive Georgette) en direction du littoral. Le front est à nouveau rompu, mais les renforts français et la 2e armée britannique résistent aux Allemands. L’offensive est suspendue fin avril. Une fois de plus, l’acheminement des réserves françaises prive les Allemands d’une victoire décisive. Ludendorff opte donc pour une offensive contre l’armée française afin d’user ses réserves pour ensuite se retourner contre l’armée britannique.

  • L’attaque contre le front français

Foch s’attend à un dernier assaut dans le Nord, mais Ludendorff attaque sur l’Aisne (offensive Blücher). Le 27 mai, sur un front d’une centaine de kilomètres, entre Montdidier et Reims, les fantassins allemands se lancent à l’assaut des positions françaises. Dans un premier temps, l’attaque se concentre dans un secteur compris entre Noyon et Reims. Les divisions françaises sont balayées. Le Chemin des Dames est repris et la mythique Marne est atteinte et franchie à Dormans le 30 mai. Dans un second temps, les Allemands progressent d’une dizaine de kilomètres dans un secteur compris entre Noyon et Montdidier (offensive Gneisenau). Cependant, à partir du 10 juin, la contre-attaque française conduite par le général Mangin sur le Matz, un affluent de l’Oise, avec des divisions françaises et américaines ainsi que 163 chars français, contraint les Allemands à interrompre leur offensive le 12 juin. L’armée allemande a fait un bond de 60 km et elle a épuisé les réserves françaises. Les pertes alliées s’élèvent à 100 000 Français et 30 000 Britanniques, dont 50 000 prisonniers. A Paris, l’affolement est grand chez les parlementaires et parmi la population.

Toutes les armées sont arrivées au point de rupture en ce qui concerne les effectifs. Dans l’immédiat, les alliés n’ont plus de réserves mais ils disposent désormais d’une supériorité matérielle et ils peuvent aussi compter à court terme sur les renforts de la classe 1919 et les contingents américains. Ainsi, au début du mois de juillet 1918, 4 000 000 de soldats alliés font face à 3 376 000 Allemands. Malgré les gains territoriaux, l’armée allemande est exsangue. Elle a perdu 700 000 hommes depuis le 21 mars tandis que la grippe espagnole cause des ravages dans les rangs d’une armée qui manque de tout. Alors que des négociations de paix sont amorcées du côté allemand, notamment par le prince Ruprecht de Bavière, Ludendorff cherche à obtenir une victoire militaire pour gagner la guerre ou au moins entamer les négociations de paix en position de force. Ainsi, il prépare une nouvelle grande offensive, baptisée Friedensturm, pour la mi-juillet 1918.

 

Les offensives allemandes sur le front de l'Ouest (mars-juillet 1918)

Les offensives allemandes sur le front de l'Ouest (mars-juillet 1918)

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II/ La guerre sur le front de l’Ouest au deuxième semestre 1918

  1. Friedensturm et la deuxième bataille de la Marne
  • Friedensturm

En juin 1918, l’armée allemande n’est plus aussi puissante, tandis que des voix s'élèvent en Allemagne pour demander la négociation d’un compromis. Toutefois, le haut commandement refuse d’abandonner les territoires conquis depuis 1914 et c’est l’option militaire qui l’emporte à l’été 1918. Ludendorff espère toujours une victoire stratégique.

Il prépare une double offensive, baptisée Friedensturm (assaut pour la paix), contre les Britanniques et contre les Français, préalable indispensable à une offensive en Flandre. L’objectif est double : attirer les réserves alliées et sécuriser le front allemand dans la poche de Château-Thierry. Un mois est nécessaire pour préparer l’offensive, le temps suffisant pour permettre aux Alliés de reconstituer leurs forces et de réagir. Le général Foch s’attend à une nouvelle offensive allemande en Flandre, mais il ordonne au général Mangin, commandant la 10e armée, de préparer une offensive dans le flanc ouest du saillant de Château-Thierry. La veille de l’assaut allemand, les Français découvrent les intentions allemandes après un coup de main audacieux opéré par une poignée de fantassins français.

  • La deuxième bataille de la Marne

Le 15 juillet 1918, à 4 heures 15, une quarantaine de divisions allemandes se ruent à l’assaut des positions françaises comprises entre Soissons et la Main de Massiges. Les premières lignes françaises sont peu défendues. Puis l’infanterie allemande progresse sous le feu de l’artillerie française avant de se heurter aux secondes lignes françaises fortement défendues. Les Allemands franchissent la Marne mais ils sont arrêtés le lendemain. Malgré les inquiétudes de Pétain, Foch maintient la contre-offensive dans le flanc de la poche de Château-Thierry. Le 18 juillet, une cinquantaine de divisions alliées, conduites par les généraux Mangin et Degoutte, débouchent de la forêt de Villers-Cotterêts sans aucune préparation d’artillerie. Surpris, les Allemands sont contraints de se replier vers l’Aisne.

  • Les conséquences

À plus d’un titre cette deuxième bataille de la Marne, victorieuse pour les Alliés mais non décisive, constitue un tournant dans l’histoire militaire de la guerre. D’abord, l’intervention des premières divisions américaines permet aux Alliés d’obtenir la supériorité numérique face à des divisions allemandes squelettiques. Ensuite, pour la première fois depuis 1917, les Alliés réussissent à prendre et à conserver l’initiative. Enfin, près de 1 000 chars ont été mobilisés, principalement des Renault FT17, le premier char doté d’une tourelle. Les chars précèdent et accompagnent l’infanterie, en coordination avec l’artillerie et l’aviation. Depuis le début de l’année 1918, la supériorité aérienne des Alliés est incontestable. Des milliers d’avions sont employés pour remplir les missions classiques d’observation, de chasse et de bombardement. Les Alliés maîtrisent de mieux en mieux l’emploi tactique de l’aviation, en fournissant un appui au sol (mitraillage et bombardement de l’infanterie). Le succès est net même si les armées alliées manquent encore de qualités manœuvrières. Ce succès vaut au général Foch son bâton de maréchal, remis le 7 août 1918.

2. Les projets des belligérants

Au milieu de l’année, tous les états-majors envisagent la fin de la guerre en 1919. L’armée allemande est incapable de passer à l’offensive mais elle possède toujours les moyens de résister. Depuis le 4 août 1918, elle s’est rétablie sur une ligne courant de Soissons à Reims. Pour l’heure, Ludendorff pense que les alliés n’ont pas les moyens de lancer une nouvelle offensive. Il opte pour une stratégie défensive tout en prévoyant quelques micro-offensives. Il compte sur des effectifs supplémentaires (blessés récupérés, prisonniers allemands libérés par les Bolcheviques, incorporation de la classe 1920 à l’automne). De plus, le rapprochement germano-bolchevique de l’été 1918 permet aux Allemands de rapatrier à l’ouest une partie des divisions qui stationnent encore en Russie. Du côté allié, Foch, fort de son succès et de la supériorité numérique et matérielle des Alliés, établit une stratégie offensive pour le second semestre : il choisit de déclencher une série d’attaques sur l’ensemble du front en direction des Ardennes afin d’user l’armée allemande.

Le 8 août 1918, une attaque franco-anglaise visant à réduire la poche de Picardie est déclenchée dans la région de Montdidier. Après une progression d’une dizaine de kilomètres, l’offensive piétine jusqu’à la fin du mois d’août. Pour Ludendorff, c’est le « jour de deuil de l’armée allemande » : les Alliés ont les moyens d’attaquer et son armée donne des signes de faiblesse. La victoire n’est plus envisageable. Il offre sa démission à Guillaume II, qui la lui refuse. Alors que la situation intérieure de l’Allemagne se dégrade chaque jour davantage, la perspective des négociations est maintenant acceptée par les autorités politico-militaires allemandes. Toutefois, tant que les Alliés n’attaquent pas, les Allemands préfèrent attendre derrière la ligne Hindenburg.

3. Le dénouement

Dès le mois de septembre 1918, Foch projette une offensive de grande envergure. Grâce aux grosses divisions américaines, il dispose de réserves suffisantes et expérimentées. Du 12 au 15 septembre, les Sammies réduisent le saillant de Saint-Mihiel. Foch déclenche alors quatre offensives sur un front de 350 kilomètres. Le 26 septembre, des troupes franco-américaines frappent entre Verdun et Reims. Le 27, des troupes franco-britanniques attaquent et progressent dans le Nord. Le 28, un groupement interallié belge, français et britannique passe à l’offensive en Flandre et dégage Ypres. Enfin, le 29, les Franco-Britanniques attaquent entre l’Oise et Reims et percent la ligne Hindenburg. Le succès est mitigé pour ces offensives, qui piétinent essentiellement pour des raisons logistiques, mais produisent un effet psychologique indiscutable.

Le commandement allemand voit alors dans l’armistice la seule issue possible pour éviter la catastrophe militaire. Pendant le mois d’octobre, alors que les belligérants tentent de trouver un accord, les opérations militaires se poursuivent. Pétain veut lancer une vaste offensive en direction de la Lorraine alors que Foch préfère une offensive générale. Ludendorff joue la carte du repli progressif sur des lignes de défense, là où d’autres généraux souhaiteraient un retrait immédiat. Le 10 octobre, les Alliés passent à l’attaque. Le groupe d’armées franco-belge marche en direction de Bruges. Au centre, l’armée britannique attaque vers Mons. Enfin, les Franco-Américains font à nouveau pression vers Mézières. La progression est lente parce que l’armée allemande résiste. Foch se rallie alors à la proposition de Pétain mais l’offensive ne sera pas prête avant le 14 novembre. La décision vient des fronts extérieurs. Fin octobre, tous les alliés de l’Allemagne sont sortis de la guerre. Ludendorff démissionne le 27 octobre et son remplaçant hérite d’une situation militaire catastrophique tandis que les Alliés maintiennent la pression militaire et progressent sur l’ensemble du front dès le 31 octobre. L’armée allemande, épuisée, se replie tandis que la révolution gronde en Allemagne. Finalement, les négociations diplomatiques aboutissent à un armistice dans la clairière de Rethondes le 11 novembre 1918. Ce n’est pas encore la paix, mais la guerre est terminée.

Bibliographie

Michel Goya, La chair et l'acier, Paris, Tallandier, 2004.

Jean-Jacques Becker, La Première Guerre mondiale, Paris, Belin.

John Keegan, La Première Guerre mondiale, Paris, Perrin, 1998.

Elizabeth Greenhalgh, Foch, chef de guerre, Paris, Tallandier, 2013.

Rédigé par ADMIN

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