La "Course à la mer"

Publié le 20 Juillet 2015

La "Course à la mer"

Au terme d’une retraite harassante effectuée depuis l’échec sur les frontières à la fin août 1914, l’armée française et les divisions britanniques lancent une immense contre-offensive – la bataille de la Marne – du 6 au 12 septembre 1914. L’armée allemande est contrainte de se replier, mais elle n’est pas vaincue. Vers la mi-septembre, les troupes allemandes cessent de reculer. Elles se fortifient le long d’une ligne qui s’étend de l’Aisne à la Meuse et sur laquelle le front se stabilise. Les deux commandants en chef comprennent qu’il reste un espace entre l’Oise et la mer où les armées peuvent encore manœuvrer. Ce vaste territoire est dépourvu de troupes. Seuls les Belges résistent encore à Anvers. Le pays qui parvient à constituer le plus rapidement une armée pouvant s’y battre, sans relâcher la pression dans les autres secteurs, peut encore espérer déborder l’ennemi et triompher. A partir de la mi-septembre, les deux armées tentent de se déborder mutuellement dans une course frénétique dans les plaines du Nord, de la Picardie au littoral de la mer du Nord. Cette dernière bataille de la guerre de mouvement en 1914 est appelé « Course à la mer ». Ce nom s’est imposé bien après la bataille. Il ne correspond pas à la réalité. La mer ne constitue nullement un objectif. Mais cette course, qui s’est engagée pour prendre à revers l’aile ennemie à partir de la mi-septembre, s’est terminée quand les armées ont atteint le littoral de la Mer du Nord à la mi-novembre.

I- LES FORCES EN PRESENCE

Après la bataille de la Marne, les deux camps s’empressent d’acheminer des renforts ou de constituer de nouvelles grandes unités, le plus souvent dans la hâte.

1. Du côté allemand, près de 50 divisions d’infanterie et quatre corps de cavalerie sont regroupés dans les VIe, IIe et IVe armées.

2. Du côté allié, trois armées françaises, dont deux de création nouvelle, sont déployées.

La 2e du général de Castelnau, la 10e du général Maud’huy, les quatre divisions territoriales du groupement d’Amade, commandées par le général Brugère, et les deux corps de cavalerie des généraux Conneau et Mitry. La 8e armée commandée par le général d’Urbal complète ce dispositif à partir du 20 octobre. Enfin, la British expeditionnary force du maréchal French participe aux opérations.

2. Le commandement

Le général Joffre déplace son Grand quartier général et s’installe à Romilly-sur-Seine (Aube) le 26 septembre 1914. Pour coordonner l’action des forces opérant au nord de l’Oise, le général Foch est nommé « adjoint au commandant en chef » le 4 octobre 1914.

II- DES BATAILLES DE RENCONTRE

Cet engagement se décompose en plusieurs batailles de rencontre et se subdivise en deux phases.

1. La première phase comprend les batailles acharnées de la Somme (du 20 au 30 septembre) et d’Arras (du 2 au 7 octobre).

Elles débouchent sur une stabilisation du front dans ces secteurs. Le général Joffre ordonne au général de Castelnau, dont la 2e armée vient de quitter le front lorrain pour la région d’Amiens, d’agir contre l’aile droite allemande. Cependant, bien qu’initiant le mouvement en premier, la 2e armée de Castelnau se heurte à la VIe armée allemande de Rupprecht de Bavière. Aucune ne réussit à prendre l’avantage sur l’autre. Par conséquent, la bataille se déporte plus au nord dans la région de Lens, sur les hauteurs de Vimy et de Notre-Dame de Lorette. Du côté français, le général Maud’huy est à la manœuvre. Malgré les coups de boutoirs, il tient en Artois et Arras ne tombe pas aux mains des Allemands.

Les divisions britanniques sont également engagées dans ce vaste mouvement vers le littoral. Elles quittent leurs positions sur l’Aisne et sont transportées sur la Lys. De plus, à Anvers, 90 000 soldats belges, commandés par Albert Ier, sont réfugiés dans cette immense position fortifiée. La menace que fait peser l’armée belge sur les voies de communication allemandes, en particulier le chemin de fer, amène le haut commandement allemand à détruire la poche d’Anvers. Cette action s’inscrit dans une vision stratégique allemande qui consiste, après la prise d’Anvers, à déclencher une offensive vers la Manche afin d’occuper le Nord de la France, de s’emparer des ports de Dunkerque et de Calais et puis de marcher en direction de Paris. A partir du 28 septembre, les défenses belges sont écrasées sous un puissant barrage d’artillerie. Le 3 octobre, Winston Churchill, premier lord de l’Amirauté, fait débarquer à Anvers un corps d’élite, la brigade de Royal Marines, composée de 2 200 hommes. Ces hommes sont bientôt rejoints par deux brigades de la Royal Naval Division, soit environ 7 000 hommes. Ces troupes ont pour mission d’aider les Belges à combattre et, le cas échéant, à s’exfiltrer, de contribuer à tenir le port aux mains des Alliés et de protéger les autres ports de la Mer du Nord d’Ostende à Calais. Churchill prend personnellement le commandement de cette force. Toutefois, la place finit par capituler le 10 octobre. En Grande-Bretagne, l’expédition d’Anvers apparaît comme un échec dont le responsable est Churchill. Des troupes françaises, britanniques, des gardes civiques et des gendarmes belges contribuent à protéger la retraite de l’armée belge.

La résistance d’Anvers a vraisemblablement permis aux Alliés de conserver Dunkerque, Calais et Boulogne. Mais la capitulation d’Anvers signifie aussi que la Belgique est occupée presqu’entièrement. Réfugiée dans le Westhoek, un territoire compris entre le littoral, la frontière franco-belge et l’Yser, l’armée belge est dans un état lamentable. Elle ne peut plus passer à l’offensive en dépit des renforts français et britanniques.

2. Dès lors s’engage la 2e phase de la « course à la mer ».

Au milieu du mois d’octobre 1914, aux yeux des Alliés et des Allemands, la percée est encore réalisable dans le secteur de la Flandre belge. Les états-majors croient que les mouvements et les débordements sont encore possibles dans cette zone de l‘Yser, qui devient stratégique. Pour les militaires belges, cet espace est la dernière partie de la Belgique indépendante, qu’ils doivent défendre absolument. Pour Albert Ier, « La ligne de l’Yser constitue notre dernière ligne de défense en Belgique. Elle sera tenue à tout prix ». Le haut-commandement britannique juge impératif de protéger les ports de la Manche et éventuellement de reprendre Zeebrugge et Ostende. Quant aux Français, ils souhaitent conserver les ports français de la Manche, si utiles à l’allié britannique, et espèrent encore effectuer une offensive décisive et victorieuse contre l’armée allemande, malgré les fatigues des semaines de campagnes précédentes. Enfin, le commandant en chef de l’armée allemande, Erich von Falkenhayn, espère déclencher une importante offensive en Flandre en direction des ports français de Dunkerque, Boulogne et Calais. Il dispose d’une nette supériorité dans le domaine de l’artillerie, avec des effectifs sensiblement équivalents à ceux des Alliés (environ 100 000 hommes).

3. Des opérations militaires fortement contrariées par les éléments

L’eau des pluies, des nappes phréatiques peu profondes et de la mer contrarient fortement le bon déroulement des opérations militaires de grande envergure dans la région. La plaine de l’Yser est sillonnée de nombreux cours d’eau canalisés ou non endigués. La plaine de l’Yser, qui culmine à deux mètres au-dessus du niveau de la mer, n’est pas inondée par la marée grâce aux dunes et surtout à un système hydraulique ingénieux constitué de digues, d’écluses et de déversoirs anciens, qui régulent les eaux dans la région. Le cœur de cette organisation est le déversoir de la Patte d’oie, le Ganzepoot, de Nieuport. Par le passé, la plaine de l’Yser a été inondée à des fins militaires à plusieurs reprises. Les Allemands semblent ignorer la menace d’une inondation défensive de l’Yser tandis que les Belges n’envisagent pas encore cette éventualité quand l’armée allemande passe à l’offensive le 18 octobre.

III- LA FORMATION DU SAILLANT D'YPRES

1. L'ouverture des écluses de Nieuport

Pendant la bataille de l’Yser (du 18 au 26 octobre), 50 000 Belges, 6 000 fusiliers marins de l’amiral Ronarc’h, mais aussi des territoriaux français, des soldats africains et une division britannique se heurtent à la IVe armée allemande. Le 28 octobre, devant les coups de boutoirs allemands, les Belges décident d’ouvrir les écluses de Nieuport et inondent le champ de bataille, le rendant impraticable. Les inondations ont pour conséquence de déplacer la bataille au sud de l’Yser, sur un front de 50 kilomètres.

2. Le renouvellement des efforts allemands

Malgré quelques succès tactiques (prise de Dixmude le 10 novembre), les Allemands piétinent devant Ypres. Cependant, ils n’hésitent pas à renouveler leurs efforts au prix de pertes humaines considérables. Commencée à la mi-octobre, la première bataille d’Ypres prend fin officiellement le 22 novembre.

3. La formation du saillant d'Ypres

Un saillant s’est formé autour d’Ypres. Il est défendu par des Français et des Britanniques. Le mouvement dans la Flandre belge est devenu impossible. Les belligérants interrompent les offensives de grande envergure et s’enterrent pour reconstituer leurs forces. La fin de la bataille de l’Yser et d’Ypres met un terme à la guerre de mouvement. Les Allemands échouent à atteindre la Manche. Quant aux franco-britanniques, ils ne réalisent pas la percée tant attendue mais réussissent à contenir l’avance allemande au prix de pertes importantes.

 

La « course à la mer » est terminée à la mi-novembre. Le front est stabilisé sur une ligne de près de 700 kilomètres, de la mer du Nord à la frontière suisse. Les états-majors s’interrogent quant à la manière de poursuivre la guerre. Dans cette bataille, chacun des belligérants a engagé plus de la moitié de ses divisions d’infanterie et la presque totalité des divisions de cavalerie. Plus de 65 000 allemands, 30 000 Belges, 55 000 Britanniques et 50 0000 Français ont été tués, blessés, prisonniers ou portés disparus et aucune armée n’est parvenue à déborder l’autre.

Les opérations de la "course à la mer"

Les opérations de la "course à la mer"

Rédigé par Michaël Bourlet

Publié dans #S4 ESM2

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